« La Musique est au film ce que la chanson était à la comédie mêlée d’ariettes et au vaudeville » Jean Rémy Jullien
1900, pas de représentation cinématographique de Charlot ou d’un autre sans qu’un musicien, souvent un pianiste, ne soit présent dans la salle. Ainsi, les bruits de projecteurs étaient masqués par une musique rassurante. Le lien entre musique et cinéma se tisse donc dès les premiers films muets. En parlant des films d’horreur Jean Dominique Serra explique: « La musique sans l’image perd instantanément ses résonances malsaines, de même sans musique, la puissance évocatrice de l’image faiblit considérablement. A la façon de ces gaz, inoffensifs à l’état pur, mais redoutable quand ils se mélangent, une véritable réaction catalytique se produit lorsque les deux éléments se rencontrent »
On désigne souvent Camille Saint-Saëns comme le père spirituel des musiques de films. En 1908, la société le Film d’Art commande à Camille Saint- Saëns une musique pour L’assassinat du duc de Guise, film d’André Calmettes.
Pour mettre en avant les musiques de film, le français Lauste puis l’américain Lee de Forest cherchent à mettre sur le même support la musique et les images. En 1923, Lee de Forest présente son invention, un phonofilm. L’industrie du cinéma ne réagit pas. Par contre trois ans plus tard, la vitaphone qui enregistre le son sur un disque et le synchronise avec le projecteur est tout de suite intégré. Le chanteur de Jazz d’Alan Crosland lance, en 1927, le film parlant. Cinéastes, producteurs, artistes ont alors pleinement consciences de l’importance des musiques de films.
En 1909, la mode est au musique de film standard. la compagnie Edison publie alors Suggestions for music. Catalogue dans lequel on trouve des morceaux types selon la catégorie du film.
Les musiques de films connaissent un début de carrière quelques peu chaotique. On reproche aux illustrateurs sonores de manquer d’imagination. Les premiers westerns étaient alors accompagnés de « Hearts & Flowers » de Tobani lors des scènes sentimentales ou stratégiques et des « ouvertures de Rossini » ou de Franz von Suppé pour les scènes d’orages ou de suspenses. Une grande majorité des musiques de films étaient alors teintée de jazz, de musique classique et de musique populaire.
En 1926, E. Scherwood contribue à l’évolution des musiques de film en critiquant ouvertement la standardisation de ce courant musical. « Je suis las d’entendre « Hearts & Flowers » sur les plans de cavaleries galopant au secours des gens en danger, ou « Horses-Horses-Horses » pendant les scènes d’amour tendre »
Apparaît alors l’importance de la spécificité musicale de chaque film. Cette innovation pour les musiques de films est théorisé par Joseph C. Breil lorsqu’il compose la musique de « Queen Elizabeth » avec Sarah Bernhardt et « The birth of a Nation »
Les années 1930 marquent l’apogée des musiques de films. Souvent les compositeurs sont considérés comme le dernier maillon de la production cinématographique. Idée totalement erronée. Les plus belles musiques de films sont le fruit d’une symbiose, d’un travail commun étroit entre le musicien et le réalisateur. C’est le cas pour « Alexandre Newsky » et « Ivan le terrible ». Des films signés par le cinéaste Einstein et le musicien Serge Prokofiev
Chanter pour une musique de film est dans les années 1950-1960, le signe de la réussite. Ainsi, la voix de Joséphine Baker retentit dans « Zouzou » de Marc Allégret, celle de Luis Mariano dans « Andalousie » de R. Vernay, celle d’Edith Piaf dans « Neuf garçons », un cœur de G. Friedland. Ceci, pour ne parler que des chanteurs de variété française. Certaines chansons extraites de musiques de films connaissent par la suite un succès commercial : « Tourbillon », chanson écrite par Rezvani et interprétée par Jeanne Moreau dans le film de François Truffaut « Jules et Jim » qui se voit propulser à la tête des ventes musicales dans les années 1960.
Grâce à la musique, la bande-son transmet des émotions que ni les images, ni les paroles ne peuvent faire passer. « Les musiques de films jouissent d’une grande popularité. Cela tient peut-être à l’objectif des bandes-son : ...